| Même si l'on préfère que les bistrots restent destinés à étancher la soif des gens plutôt qu'à leur montrer des tableaux, on est obligé de reconnaître que la Tartane se tire fort bien de ce rôle hybride. Il est vrai que l'atmosphère créée à la fois par la gentillesse du patron et la vieille cheminée où brûlent de vraies bûches, contribue à donner à cet établissement un air qui n'est plus du tout celui d'un quelconque bar.
Quoi qu'il en soit, j'ai fait ici la découverte d'un peintre qui eut son heure de notoriété dans le premier quart de ce siècle, étant notamment dans notre ville, vice-président du Salon de Mai dont les présidents d'honneur étaient Rodin et Renoir. Fondateur de l'école fresquiste, on lui doit la décoration de nombreuses églises. Enfin, preuve de la considération dont jouissait Pierre Girieud, il fut salué comme un artiste de talent par Gustave Coquiot dans son livre consacré aux cubistes, futuristes et passéistes.
La Tartane nous propose donc un coup d'oeil sur l'oeuvre de ce peintre qui mourut en 1948 à Nogent-sur-Marne et dont on regrette qu'il soit un peu oublié aujourd'hui, car si l'on retrouve dans sa manière, à certains moments, l'influence très perceptible de Gauguin avec ce goût marqué pour la synthèse des formes et des couleurs (il fut l'auteur d'un Hommage à Gauguin en 1906), il put atteindre à un style personnel surtout dans certains paysages de Provence construits en solides architectures dont les coloris raffinés évoquent ceux des grands Italiens quattrocentristes et peut-être plus particulièrement Uccelo et Piero di Cosimo.
Parfois aussi - et son attachement à Gauguin nous l'explique - il n'est pas sans s'apparenter aux Nabis, avec ces subtilités de graphisme et ces nuances de tons fréquentes chez Vuillard. Quelques détrempes, quelques aquateintes et des dessins rehaussés complètent agréablement l'exposition et suffiraient à nous prouver, s'il en est besoin, que Girieud méritait mieux que le demi-oubli dans lequel l'épreuve du temps l'a plongé. Jusqu'au 31 octobre.
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