Fiche bibliographique

Roux-Parassac E. - "Nos compatriotes à Paris "
Sisteron Journal---

-Sisteron
30-mai 1931
Contenu sur Girieud
J'eus le très agréable plaisir, samedi, de rendre hommage à l'un des meilleurs artistes de notre temps, le Bas-Alpin P. Girieud, de Riez. Nous pouvons considérer comme Sisteronnais celui qui superbement illustra Domnine et synthétisa dans une page picturale avec son puissant talent l'oeuvre non moins puissante de Paul Arène. Girieud est un enthousiaste de Sisteron. Il en connaît toutes les andrones, tous les environs, ne tarit point d'éloges sur son ciel, ses agréments : Il me disait l'autre soir son regret de n'avoir pu se régaler du soleil dansant sur la Durance et des cigales tambourinant leur joie et leur orgueil autour de la Citadelle. Mais Girieud depuis deux ans s'attaquait à une oeuvre immense qu'il voulait un chef d'oeuvre, quelque chose bien expressif de ses visions de son idéal, de sa sincériyé, de sa foi dans la beauté parlant à l'âme et élevant les esprits. Il s'agit de la décoration de la vaste salle d'honneur de l'Université de Poitiers. Cent métres carrés à recouvrir non pas d'une décoration mais d'une série de fresques célébrant comme jadis les sciences, les belles lettres, ce que nos pères appelaient les arts libéraux. A tort j'emploie le mot fresque, sachant fort bien que le marouflage est autre chose, encore que peinture murale et fresque se confondent aujourd'hui - on n'utilise plus les couleurs florides dont parle Sline. Les encaustes que Vitruve morigénait, n'ont pas laissé leurs recettes - il les faudrait découvrir dans les fragments de la villa Hadriana. Girieud a peint sur toile ce que l'on étiquette panneaux; ainsi le temps peut s'affronter, sans risque de ses morsures à l'encontre des fresques directes dites à la détrempe, à la cire, à l'encaustique, qui même sous les vernis se dépérissent. "La vue d'une belle femme, écrivait Plutarque, ne laisse dans l'esprit d'un homme indifférent qu'une image propre à s'effacer : telle est la peinture de la fresque; dans le cœur d'un amant, cette image est en quelque sorte fixée par la puissance du feu : elle semble respirer, agir, parler, le temps ne l'efface jamais". Cette dégression renseigne le profane sur la valeur et les mérites de ce que volontiers j'appellerai l'illustration d'un milieu, genre extrêmement complexe et qui demande avec beaucoup de culture, une originalité marchant de pair avec la conscience, le savoir et le talent. Or, notre compatriote possède ce don et ces qualités. Il les a noblement exprimés dans cette oeuvre qui pendant cinq jours sera exposée aux Tuileries à Paris, à la veille de Pentecote. Cette consécration précédera celle en la capitale poitevine, centre intellectuel depuis des siècles et demeurée foyer de la pensée, du bon goût, selon les traditions françaises. Poitiers posséda sous Charles VII le Parlement de Paris, devant lequel le roi, j'ai expliqué pour quelles raisons d'attente dans l'étude sur : Jacques Gélu, (archevêque d'Embrun) et Jeanne d'Arc, la Pucelle comparut Trois ans après, en 1432, fut fondée l'Université, bientôt l'une des plus justement renommées de France, et rivale de celle de Valence en Dauphiné. Ne nous attardons pas sur les poétiques bords du Clain, où nous eumes heures tant délicieuses, il nous suffit d'y savoir dès la rentrée, l'oeuvre admirable d'un maître qui est un des nôtres; d'un artiste très modeste parce que très doué, je le répéte de l'un des noms que notre époque cédera glorieusement à l'avenir Girieud, enfant de Riez l'antique, notre Arles de jadis entre l'Auvestre et le Colostre, ressuscite, à n'en pas douter, quelque artiste de ceux qui édifièrent et ornèrent la capitale de Albiens. Sans se répéter, une terre à date mystérieuse, parfois après des millénaires veut se traduire par l'un des siens, qu'elle marque d'un signe, d'un génie. Girieud fut l'élu de la Haute Provence pour que notre région eût sa digne place dans l'art de maintenant. Contentons-nous d'applaudir cet ami fervent de Sisteron et de réjouir de compter ce parfait artiste parmi les Alpins