Fiche bibliographique

Regamey R. - "Pierre Girieud et Alfred Lombard "
Le Nouveau Journal---

-Paris
15-février 1925
Contenu sur Girieud
Par une heureuse rencontre, les expositions de deux peintres proches parents par les tendances et qui comptent parmi les plus remarquables de leur génération, sont ouvertes en même temps. Chez Melle Weill, M. Pierre Girieud soumet au public deux maquettes de fresques, son propre portrait et une trentaine de paysages exécutés en Provence l'été dernier. M. Alfred Lombard à la galerie Druet présente un ensemble plus important(....) Ces deux peintres, qui ont passé la quarantaine, sont à la pleine maturité de leur talent. Le plaisir qu'ils procurent aujourd'hui est celui que communique l'assurance, l'harmonie, la tranquille possession des moyens force mesurée, qui conserve pourtant toute la saveur de l'audace. Il y a des artistes dont le plus beau moment est la jeunesse; c'est que le meilleur d'eux-même c'est la spontanéité; ils la perdent en se fortifiant. M. Girieud et M. Lombard paraissent plutôt être de ces natures pondérées et réfléchies, qui se réalisent parfaitement au moment où l'intelligence a tout son empire, où la culture acquise a le plus de richesse et de véritable vie. C'est, sans doute, parce qu'ils ont le génie foncièrement latin. Ils sont tous deux Provençaux. On peut croire qu'ils doivent à cette origine, à la contemplation des paysages natals la clarté naturelle de l'esprit et de la vision, le sens des rythmes larges, simples et forts, la sérénité, avec je ne sais quelle noblesse familière. Je regrette que vous ne puissiez voir l'auto-portrait de M. Girieud qui accueille le visiteur dans la boutique de Mme Weill, portrait dédié à son ami Alfred Lombard. Il est volontaire jusqu'à la dureté, d'une exception intense en même temps que sobre; c'est l'effigie d'un empereur romain ou d'un Mussolini qui ne serait pas déclamatoire. Un tel homme a beau naître dans un temps de désarroi où, selon le mot de Gustave Moreau "tout ce qui est bien est raté", il doit fatalement parvenir à une sorte de classicisme. Il y tend de tout son être. Nous pouvons dire aujourd'hui qu'il la atteint. Il a compris la leçon de son pays. Ne disait-il pas dernièrement la beauté de la région d'Aix, de la Sainte-Victoire chère à Cézanne et de ces "plaines riches des meilleurs blés du monde, dominées par ces belles lignes de montagnes où se retrouvent l'ordre et la mesure enseignés par les Grecs et les Romains". Je cite c texte de M. Girieud parce qu'il donne la plus juste impression de son exposition présente. - Ordre et mesure. Et, à force d'ordre et de mesure, pleines connaissance et possession de soi, douceur, délicatesse et tendresse jusque dans la force, égalité du talent, simplicité des moyens. M. Girieud s'est formé lui-même. Il est parti de Gauguin, du symbolisme, du cloisonnisme. Il en a conservé les grands partis décoratifs. Mais peu à peu, surtout depuis la guerre, l'influence de Cézanne l'a emporté sur celle du maître de Pont Aven, les recherches de modelé ont préoccupé l'artiste, et les suggestions, plus vives, plus directes, plus vraies de la nature ont atténué jusqu'à le faire presque disparaître, l'arbitraire des premières stylisations. .