Fiche bibliographique

Anonyme - "Exposition galerie Rosenberg"
L'Opinion - Revue de la semaine illustrée---

-Paris
06-juin 1920
Contenu sur Girieud
J'ai bien scandalisé le vieux serviteur d'autrefois qui veille à la porte de la galerie Rosenberg, en m'y présentant avec ma bicyclette. Cette amies qui m'évite tant de dispute avec des conducteurs dépourvus de ..., m'est trop chère à tous égards pour que je la laisse sur le trottoir aux bons soins des passants; mais quand je prétendis lui faire passer avec moi le seuil de l'aristocratique galerie, la lèvre inférieure du portier s'allongea de manière vraiment inquiétante. Il promena sur le pneu avant un doigt qu'ensuite il flaira de telle sorte que j'en frémis. Par chance, il n'en était rien et je pus accéder seul cette fois, jusqu'au premier étage où les dernières œuvres de Girieud sont visibles. Dans la grande vague de cézannisme qui couvre les productions moderne, celles de Girieud valent d'être particulièrement examinées. Il semble bien qu'il y ait en elles mieux qu'un pastiche, mais que des conformités certaines d'origine, des parités probables de vision l'aient amené à sa forme actuelle. Dans la lumière séche et chaude de la Provence, les plans se découpent de telles façon, les couleurs ont une ardeur concentrée sans chatoiement que Girieud a fort bien senti. Ses nus dont l'ocre et les ombres surprennent d'abord, sont,pour de bon, habillés de leur hâle; ils offrent une grandeur biblique dont Girieud, assez malin, ne manqua pas de titrer parti. La suite de fusains qu'il fit, représentant les dames de la Bible et de la Fable, est un patient et beau travail. Certains, toutefois, restent un peu en route. Ils ne donnent pas assez ou donnent trop. Il fallait peut-être opter pour la manière de M. Ingres ou pour celle de Rodin. Mais c'est là piètre querelle et l'ensemble reste un des meilleurs de l'année.