| M. Pierre Girieud. après s'être longtemps cherché — il a cheminé, jadis, du symbolisme de Gauguin au réalisme des primitifs siennois — a trouvé, à force d'un patient labeur, son parfait épanouissement. Le voici - sa belle exposition l'atteste souverainement - en possession des tous ses moyens, maître d'une forme pleine, harmonieuse et robuste, composant ses tableaux de chevalet avec les mêmes soins mesurés que ses grands panneaux décoratifs, épris de cadence, en vrai classique. J'ai déjà noté ici-même les correspondances qui font frères d'élection certains écrivains et certains plasticiens. Entre M. Girieud et plusieurs de nos lyriques d'aujourd'hui, je sens de réels liens. Ce peintre est un poète. N'entendez surtout point par là que son art est littéraire. M. Girieud use d'un métier savant, aux pâtes moelleuses, et même son faire s'est affermi, devenu plus gras, plus pulpeux. Mais cet art est nourri de culture, antique et moderne. Avant d'aborder sa toile, notre peintre a longuement repensé Théocrite, Virgile, Ovide, Chénier, mais son inspiration n'est jamais livresque. Ces Danaés, ses Daphnés, ces Dianes sont de plantureuses jeunes filles, d'un style noble, assurément, mais non d'une généralité vague, et très individuellement réalisées, vivantes; ces modèles ont sans nul doute des âmes, mais aussi et d'abord des corps; et les Apollons, Narcisses, héros, demi-dieux, éphèbes joueurs de syrinx sont de râblés athlètes , bien en chair et en muscles. Aussi bien, M. Girieud, tout en stylisant ces modèles, se tient-il très près de la nature; de la nature humaine, et de la nature tout court. Ses personnages se meuvent, devisent, dansent ou se reposent en des sites arcadiens, d'une eurythmique sérénité; collines aux molles inflexions, roches rouges, lacs de moire azurée, pins noirs; ce décors est très voulu, et les figures s'y inscrivent en arabesques étudiées; mais on sent bien que M. Girieud peut être, à son gré, un remarquable paysagiste, sachant conter avec force et simplicité sa Provence natale, dont il a observé le ciel, les pans et la structure. Et voilà le secret de cette beauté simple qui nous captive et nous émeut dans les compositions de l'artiste : elle est faite d'observation, de pénétration profonde des êtres, qu'elle amplifie, et elle atteint au style sans y prétendre, parce qu'elle est soutenue par l'amour du réel. |