Fiche bibliographique

Mourey Gabriel - "Pierre Girieud Paysagiste"
L'art et les artistes-n°54-T10-

-Paris
octobre 1924 p.153-157
Contenu sur Girieud
A part quelques impressions normandes datées de 1904 et quelques de Rome et de Venise, de Sienne et de San Giminiano exécutés en 1906 et 1907, toute l'oeuvre de Pierre Girieud est consacrée à célébrer les beautés et le charme de sa petite patrie, la Provence. (...) Infiniment exigeant envers lui-même, Girieud se développe avec lenteur, se perfectionne avec méthode. Au lieu de donner libre cours à ses dons, il les discipline, il les bride; ses ambitions, il les refrène. Acquérir d'abord son métier, se forger son outil, Tout est là. Et qui ne sait, hélas! de quelle abnégation, de quel esprit de sacrifice, de quelle ténacité doit s'armer aujourd'hui, pour y parvenir, tout artiste digne de ce nom, étant donné qu'il n'existe plus d'école où s'enseigne l'art techniquement. Donc, comme tant de ses confrères, Girieud a dû se créer seul son métier, se forger seul l'outil dont il avait la prescience qu'il aurait besoin pour dire ce qu'il avait à dire, pour exprimer ce qu'il avait à exprimer. (...) Mais à ces qualités foncières dont je parlais plus haut, s'en sont ajoutées d'autres, et de non moins précieuses, par lesquelles s'est complétée cette individualité déjà si riche. Elles lui sont venues à leur heure, tout naturellement, comme un fruit vient à sa maturité sous la bienfaisante chaleur du soleil, j'allais dire de la vie. La gravité naguère encore un peu farouche du talent de Girieud s'est comme assouplie et détendue; sans rien perdre de sa fermeté et de sa vigueur, il s'est affiné et attendri; sans s'affadir le moins du monde, il est devenu capable de fixer des aspects plus subtils des choses, plus nuancés, plus délicats; sans cesser d'être le constructeur solide et fort que nous connaissons et que préoccupe surtout la recherche du caractère, de la densité des formes et des volumes, non dans leur apparence passagère mais dans ce qui constitue leur essence éternelle, il perçoit, il sent, est apte à traduire des vérité plus profonde, plus complexes (....) Je voudrais noter encore avec quelle science particulière — ou quel instinct mystérieux — et quel rare bonheur, Girieud excelle à prolonger, à élargir au delà des limites que lui imposent le motif choisi et le format de la toile ce motif même et ce format. Chaque paysage se développe comme hors du cadre, dépasse le cadre. A quoi cela tient-il? Je ne saurai le dire. Peut-être à ceci, que, familiarisé comme il l'est avec les sujets qu'il traite, les connaissant à fond, dans toute leur intimité, Girieud, mieux que personne, les peut rattacher à l'ensemble dont ils font partie et cristalliser dans les bornes qu'il leur impose ou qui lui sont imposées par eux, non seulement tous les traits par lesquels ils diffèrent les uns des autres, mais les caractères dominants de ce qui les entoure, toute l'âme de la région à laquelle ils appartiennent (...)--------------------------------------------------------------------- Reproductions : Vue de Lourmarin, Notre Dame de Beauvoir à Moustiers Saintes-Marie, paysage de Tourves, Route de Cadenet à Cucuron, Rocher de la Vierge à Tourves